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Le Neuralyzer national – Revendication du tract TBM


Suite à un tract dispersé dans la métropole bordelaise sur l’augmentation du prix des tickets TBM durant la période des Jeux Olympiques, nous revendiquons par ce canular qui a troublé aussi bien l’entreprise en question qu’une bonne partie de la presse locale, la nécessité d’empêcher le Neuralyzer national. Nous nous excusons bien sûr aux « voyageurs surpris voire en colère » qui ont découvert le dit-tract, et leur apprenons par la même que l’entreprise Keolis Bordeaux Métropole, responsable du réseau, a fait 3 0280 200€ de bénéfice en 2022 (le tout sur le dos de l’argent public bien sûr).

Le Neuralyzer des Men in Black permet en un flash de faire perdre la mémoire à celles et ceux qui le regardent. Pour retrouver la réaction de TBM ainsi que certains des articles de presse, dont les plus belles pirouettes journalistiques indiquant que les informations sur les tracts sont fausses, mais que les prix des billets vont bel et bien augmenter, c’est ici [1].

Avec les Jeux Olympiques, le spectacle de l’union nationale va battre son plein durant l’été pendant que l’apolitisme du sport va être scandé dans tous les débats. Que Jesse Owens [2] se retourne dans sa tombe et que Tommie Smith [3] lâche son dernier râle si le sport n’est pas le spectacle de la politique. Nous parlons ici d’un Neuralyzer à l’échelle mondiale, un outil d’effacement de mémoire dont les plus grands bénéficiaires sont autant les grandes entreprises du BTP et du service que le pouvoir en place.

Si les supporters ne vont pas seulement confirmer le pouvoir, ils vont imposer la trêve aux enragés, à celles et ceux qui voient le désastre grandir partout autour d’eux et par conséquent faire la part belle à l’image immaculée de la domination. Par la locution « ras-la-casquette des peines-à-jouir et du JO-bashing », Anne hidalgo a tout décrit. De notre côté, ce n’est pas de la casquette dont il est question, mais bien de votre tête. Voyez la différence d’échelle. Car ceux qui râlent sont rarement du côté des expulseurs, des milliardaires et des politiques et quand les râleurs deviennent des insurgés, on ne paye pas cher de votre extase.

Les JO sont le cheval de Troie d’une nouvelle société ultra-sécuritaire, les tests de caméras à reconnaissance faciale avaient besoin d’un « état d’urgence » exceptionnel pour nous faire passer la pilule de l’effondrement de notre liberté. Notre visage, les traits que nous portons seront désormais la marque de notre culpabilité, et cela où que nous soyons. Car tout le monde sait que « l’essai temporaire » de ces nouvelles armes de surveillance est un ancrage bien manigancé. Notre vie devient une mauvaise science-fiction et l’on dépense sept cents euros pour agiter des drapeaux français en criant à des inconnus d’aller plus vite.

Dans un moment où l’outil étatique construit par la gauche comme par la droite durant ces dernières années est déposé sur un plateau d’argent aux fascistes, nous nous demandons bien pourquoi cette flamme olympique ne sert pas à brûler l’Élysée plutôt qu’à pavaner sur les Champs.

Mais bien plus qu’un point névralgique du tournant sécuritaire, les JO sont en eux-mêmes une aberration, autant de morts sur les chantiers (souvent des étrangers utilisés dans les jeux des migrations quand ça arrange les nationaux pour payer à bas prix des ouvriers), autant de pauvres expulsés (pour faire bonne figure face aux riches du monde entier et installer d’énormes infrastructures à l’usage éphémère), autant d’argent dépensé pour sauver le pouvoir de sa réalité : la méfiance généralisée des habitants et habitantes du territoire français.

Un peu de sport, pensez union, pensez nation et oubliez qui vous écrase au quotidien.

De notre côté, nous avons déserté la nation depuis longtemps et comptons bien un jour la supprimer. Mais rassurez-vous, nous aimons tout de même le sport, nous vous invitons d’ailleurs à nous rejoindre pour pratiquer le lancer de poids, le sprint, la boxe et le saut de haies pour les JO du Zbeul qui ont commencé ce lundi soir dans les rues bordelaises. Et n’oubliez pas votre esprit Gilles Bertin [4] !

Les peines-à-jouir.

Notes

[2Sprinter et sauteur noir américain qui a gagné la médaille d’or au JO de 1936 à Berlin sous les yeux d’Hitler, face à l’athlète allemand.

[3Sprinter noir américain qui a levé un poing ganté de noir (signe des Blacks Panthers) sur le podium de JO de 1968.

[4Chanteur du groupe de punk bordelais Camera Silens, il a braqué un dépôt de transporteur de fonds (Brink’s) en 1988 et a vécu une vie de cavale pendant 30 ans.

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